| L’histoire des migrations des soudanais en direction de la Côte d’Ivoire, est dominée par trois figures essentielles : le dyula, le « forcé »1 et le baragnini.2 Au-delà de la caricature, ces trois figures permettent de cerner les temps, les registres et le contenu du procès migratoire des Soudanais vers le worodougou3entre 1904 et 1960. L’espace qui est devenu la Côte d’Ivoire, fut depuis le XVe siècle en effet, le point de convergence de plusieurs courants migratoires en provenance du Haut-Niger, suite au déclin de l’Empire du Mali. Mais au XIe siècle déjà , le commerce à longue distance (la noix de kola des forestiers contre le sel des sahéliens) consacrait l’ouverture d’un premier front pionnier migratoire sahélien en direction de ce point du Golfe de Guinée. A ces migrations commerciales des dyula, succédèrent au XXe siècle, des migrations de travail sous l’empire de la contrainte, dans le cadre de la mise en valeur de la colonie de Côte d’Ivoire entreprise par le colonisateur français. La suppression du travail forcé en 1946, consacre l’ère des baragnini attirés par la prospérité de la Côte d’Ivoire au crépuscule de l’ère coloniale. Du dyula au baragnini en passant par le forcé, le présent article analyse au travers de ces trois figures, les processus de reconversion des trajectoires migratoires soudanaises en Côte d’Ivoire entre 1904 et 1960. |