| Le présent article se propose de relire la géographie des migrations de main-d’oeuvre en
Afrique de l’ouest au temps des colonies, en connexion avec la politique de mise en valeur telle que conçue et exécutée par l’Etat colonial en Côte d’Ivoire pour notre propos. De nombreux travaux ont décrit les conditions des mobilités des manoeuvres de l’arrière-pays soudanais (Soudan français, Haute-Volta, Haute Côte d’Ivoire, Niger) vers la Basse Côte d’Ivoire pour sa mise en valeur dans l’entre deux-guerres. L’ancrage de l’écriture de cette histoire, est restée toutefois largement tributaire de la théorie d’Harry Jérôme qui dans les années 1920 expliquait les causes des migrations internationales par le phénomène du pull and push effect. En d’autres termes, la force d’attraction du pays d’accueil conjuguée à l’effet de répulsion du pays de départ est le moteur des déplacements de populations à l’échelle mondiale. Appliquée à l’Afrique de l’ouest, à la Côte d’Ivoire en particulier, cette théorie du pull and push effect définie une géographie des migrations selon un axe de déplacement Nord-Sud.
Du coup, se trouvent occultés d’autres courants migratoires selon des trajectoires différentes
de ce schéma classique. C’est le cas de l’axe migratoire Nord-Nord, qui au début des années
1920, mit en connexion par la mobilité de la force de travail, les colonies du Soudan français,
de la Haute-Volta et des savanes ivoiriennes avec comme centre de gravité, la subdivision
de Ferkessédougou (cercle de Korhogo) dans le cadre de la mise en valeur de cette région
de la Côte d’Ivoire, sous le régime du travail forcé. |